Malédiction

Tiens, pendant que j’attends la fin d’une copie de données interminable au boulot, je mets ici un de mes rares crimes contre la littérature, fort heureusement rejeté.
Attention, c’est mauvais. 

Un pas.
Un autre.
Encore un.
Avancer, toujours, encore, sans arrêt, sans répit.
Le désert est sans fin. Les dunes, balayées par le vent, par delà l’horizon. La poussière, tourbillonnante, lui arrache l’épiderme. Mais il n’en a que faire. Sa peau est desséchée, crevassée. Il n’est plus qu’une momie, un cadavre ambulant, sec et cassant. La poussière pénètre dans sa gorge, sa trachée, ses poumons. Mais tout est déjà parcheminé. Et malgré cela, sa soif est attisée. La soif. Depuis le temps, il aurait cru qu’elle aurait disparue. Mais elle est toujours présente. Insistante. A rendre fou. A le rendre fou. Et il l’est devenu. Fou. Sinon, comment peut-il supporter ce qu’il devient ? Un corps errant dans l’immensité sablonneuse. Condamner à redevenir poussière. Condamné à payer.

Il se rappelle.
La mission. Aller dans les différentes communautés qui parsemaient ce désert pourtant réputé sans vie. Passer dans chaque village, campement, rassemblement de tentes, grotte, dans tout ce qui pouvait abriter une vie humaine. Et transmettre le message. Que les choses avaient changées. Qu’un nouvel ordre était au pouvoir. Qu’une fois encore, le désert immuable était revendiqué par un nouveau maître.

Il se rappelle.
L’arrivée dans cette petite oasis. Cette minuscule tâche verte au milieu de l’ocre sans fin du désert. Ces plantes, ces arbres irrigués par ce petit point d’eau. Une promesse de fraîcheur relative, à l’abri de quelques cahutes. Une eau, qui étancherait la soif et apaiserait mieux les gosiers, desséchés et irrités par la poussière, que la mélasse tiédasse et au goût métallique qui restait au fond des gourdes et des bidons.

Il se rappelle.
La petite cinquantaine d’habitants crasseux du lieu. Surpris de l’arrivée de ces quelques soldats, en tenue de combat, trempés, puant la sueur. De ces étrangers donnant l’impression de sortir d’un four, tellement ils semblaient cuits et recuits. Ce qui dans un sens était vrai. Même la meilleure climatisation du monde n’aurait pu calmer les ardeurs du soleil tapant, cognant sur leur véhicule, faisant grimper à l’intérieur la température au-delà du supportable.  Et cette poussière infernale qui s’infiltrait partout, faisant souffrir les équipements comme les hommes. Les forçant à épuiser plus rapidement que prévu leurs réserves.

Il se rappelle.
Lui, le chef de cette petite troupe d’envahisseurs, en train d’annoncer à cette population que désormais les choses allaient changer. Que leurs nouveaux maîtres venaient d’au-delà du désert, d’au-delà des mers. Eux avaient le sourire au bord des lèvres. Ici, au plus profond de ce que cette terre avait de plus aride, ils vivaient tranquillement à l’écart de tout et de tous. Le sort du reste du monde ne les intéressait pas. Nul ne se souvenaient d’eux, si ce n’est quand un nouveau prédateur humain décidait de marquer son territoire, après avoir vaincu son prédécesseur. Alors là, les laquais se remémoraient leur existence, et venaient prêcher la nouvelle bonne parole.

Un pas.
Un autre.
La chute. Le sable glissant, instable, l’a encore trahit. Il descend la dune dans un tourbillon de sable et de membres. Une fois au bas de la pente, il essaye de se relever. Il aimerait tellement pouvoir s’arrêter un instant, mais il ne le peut. Il doit continuer. Ses membres craquent. Son uniforme n’est plus qu’une charpie. Eut-il encore un odorat, il se serait étouffé à l’odeur dégagé par ces quelques lambeaux et par celle de son corps. Aussi sec qu’il puisse être, le cadavre qu’il est pue encore.
Enfin, il se relève et reprend sa route sans fin.

Et il se rappelle.
De ses soldats renouvelant leur réserve auprès du point d’eau, pendant que lui haranguait en vain la petite foule. Ces jeunes conscrits qui jouaient avec l’eau tout en accomplissant leur tâche. Gaspillant l’eau. Quoi de plus normal après tous ces jours passés à cuire dans ce transporteur inconfortable.
De cet indigène qui alla leur demander de faire attention. Qui essayait de convaincre ses troupes que l’eau était une chose bien trop rare, bien trop précieuse pour la sacrifier ainsi sans but. Il tenta de leur faire passer le message par la parole tout d’abord. Puis, devant le mépris et l’indifférence de ses interlocuteurs, il tenta une approche plus physique.

Il se rappelle.
Ce qui fit tout basculer. La détonation. Le silence qui suivit. La surprise sur le visage de la victime. Le bruit de la chute du corps. L’arme encore fumante dans les mains de son subordonné. La foule qui se mit soudain à hurler. Il  rejoignit en toute hâte ses hommes. Leur ordonna de mettre en joue ces gens qui venaient de voir l’un des leurs se faire abattre comme un chien.  De contenir ces êtres qui désormais cherchaient à venger leur mort.
Les cris fusaient. La haine faisait luire les regards de façon malsaine. Et les ordres qu’il donnait, qu’il hurlait, ne pouvait conduire à un apaisement de la situation. La populace devenait de plus en plus menaçante. Des pierres se mirent à voler. Une d’entre elles l’atteignit à la tête. Il fut sonné. Du sang se mit à lui couler devant les yeux. Chaud. Bouillant. Son odeur lui emplit les narines. Il sortit son arme. Visa vaguement. Tira au hasard sur l’une des silhouettes. Ses hommes suivirent son exemple.
En quelques secondes, une dizaine de corps rejoignirent au sol celui de la première victime, abreuvant le sol de leur sang.  La foule se dispersa. Les malheureuses cibles fuirent, se mirent à l’abri, cherchant un refuge contre les balles de ces bouchers étrangers.

Un pas.
Un autre.
Toujours plus loin. Toujours plus difficile.
Il n’est plus qu’un squelette auquel s’accrochent encore quelques lambeaux desséchés. Et quelques tendons. Juste de quoi maintenir les os ensemble. Et le contraindre à continuer.

Il se rappelle.
Une fois la foule dispersée, la clameur des détonations apaisée, les indigènes se terrant dans le trou le plus sombre et le plus profond possible, il ordonna à ses hommes de reprendre le renouvellement de leurs réserves. Une partie d’entre eux demeurant l’arme au poing, prêts à repousser une nouvelle vaine tentative des locaux de venger leurs morts.
Le ravitaillement terminé, il décida de donner une leçon à ceux qui avaient osé le menacer. Ceux qui avaient fait couler son sang. Il fit jeter les cadavres dans le point d’eau, le souillant. Les habitants seraient forcés de quitter cette oasis pour trouver une nouvelle source d’eau potable.
Alors que la tâche macabre s’accomplissait, une vieille femme sortit de son abri. Flétrie. Sèche. La haine dans le regard. Elle lança des paroles terribles. Des paroles porteuses de hantise. Des mots qui glaçaient le sang.  La promesse d’une agonie sans fin. Une malédiction.
Il hésita à l’abattre. A quoi bon. Elle ne survivrait sans doute pas à l’exil qu’il venait de lui imposer. Lui et ses hommes remontèrent dans leur véhicule et quittèrent la petite communauté vouée à l’extinction.

Il se rappelle.
Quand, quelques temps après leur départ, le transporteur tomba en panne. Quand ils découvrirent que leur réserve d’eau s’était évaporée. La panique les envahit.  Ils se disputèrent sur la marche à suivre, sur les causes de ces incidents. Le ton monta. Il décida que seul, ses chances de survie seraient grandement améliorées.
Il les prit tous par surprise. Il n’eu aucune pitié. Froidement, il abattit ses subordonnés. Il récupéra ce qu’il pouvait sur les corps et dans le véhicule et se mit en route vers ce qui devait être la prochaine étape de leur mission. Il se mit en marche, un pas devant l’autre.

Un pas.
Un autre.
Au loin, l’horizon se barre d’un bleu différent. Il s’approche de la mer.

Un pas.
Un autre.
Il s’en approche de plus en plus. Fut-il encore humain, il aurait pu sentir les embruns sur sa peau. Il aurait pu sentir l’odeur de l’iode. Il aurait pu entendre le ressac.

Un pas.
Il chute.  L’un de ses tibias vient de se désagréger. Il tombe petit à petit en poussière. Il n’aura pas la possibilité d’atteindre l’océan. Même dans la mort, l’eau lui est désormais refusée.

 

Journée ordinaire…

La journée de la veille, dernière journée d’un week-end suffisament pourri pour ne pas être reposant, s’étant achevée à une heure du mat’, autant dire quand la radio se déclenche à 6h57 pour la chronique techno de France Info, je ne suis pas frais.
– En passant, cette chronique techno, oscillant en qualité entre de franchement inutile et le médiocrement correct est peut-être l’une des rares dernères choses intéressantes sur cette radio qui ne fait plus de l’information mais du racolage et de la désinformation. –
Quand le réveil commence ses cycles de sonneries toutes les cinq minutes à partir de 07h00, je me dépêche de le faire taire et de grapiller quelques instants de coma de plus.
Au bout d’un moment – entre 15 et 20 min -, malheureusement, le chat et ma conscience me force à me lever. Et à regarder mon téléphone pour voir si les serveurs envoyant leurs rapports à 07h05 ne se sont pas transformés en machines à spam. – Si c’est le cas, je me rue sur mon PC portable professionnel pour me connecter au bureau et résoudre le problème. Même à poil, la tête dans le cul, je me suis rendu compte que j’étais plus rapide que les mecs qui sont censés surveiller les infrastructures… – 
Puis je me traîne dans la salle de bains, je gerbe un coup en me voyant dans le miroir, et j’émerge vers 8h00, frais comme un rat mort, en aillant réfléchit un brain au boulot à faire sous la douche.
S’ensuit une petite heure de télétravail – je peux bosser au calme – tout en regardant les news de la nuit, tant sur les réseaux sociaux que sur un forum en décrépitude totale, en lançant deux / h et trois téléchargements de série pour le week-end, en supprimant quelques comptes de spammeurs sur un autre forum, en embêtant le chat et en attendant 9h00 et la deuxième fournée de rhapports. Une fois ces rapports reçus – et les éventuels problèmes de spam résolus -, il me faut une heure pour arriver au bureau, heure passée dans les transports en commun à lire éventuellement un autre rapport et à lire tout court, soit un bouquin de ma PAL, soit un bouquin pour Boulot II.
Au boulot, j’enchaîne avec joie petites réunions de points sur les projets en cours, pour les nouveaux projets, de gestion des travaux planifiés sur les infrastructures, ce qui me bouffe une à deux heures par jour.
Une petite pause de trente / quarante minutes le midi pour s’empoisoner au restaurant d’entreprise.
Une grosse partie de gestion des incidents du jour, des changements à faire sur les infrastructures clients, les tâches récurrentes, les uestions des collègues, des chefs de projet, dépatouiller les nouveaux contrats reçus pour savoir ce que l’on doit déployer pour les clients – et gueuler contre l’avant-vente parce qu’ils font n’importe quoi –, patcher une application de merde développée par des partenaires incompétents et escrocs.
Avec de temps en temps, une petite pause de cinq minutes pour râler un coup sur un réseau social, en faisant un poil de veille techno en parallèle et en jetant encore un coup d’oeil sur le forum moribon, tout en se retenant d’insulter les responsables. – Qu’on leur dise gentillement ou violement, de toutes les façons, on voit très bien qu’ils s’en cognent. – De temps en temps, un petit achat VO – je suis en grève sur la VF, si ils ne font pas d’efforts sur certains points pour attirer les gogos, je n’en ferais pas pour acheter leur came. – pour augmenter ma PAL.
Entre 19h00 et 20h00, je me décide à rentrer, en profitant encore des transports pour lire un brin.
De retour à la maison, papouillage de chat pendant cinq minutes, lancement de lessive, un peu de sport – je viens enfin de trouver comment lire sur l’iPad pendant –, la bouffe qui chauffe pendant la douche,  lecture pendant la bouffe, glandouillage quelques instants sur le net, suppression de spammeurs, butage de dragons dans Skyrim pour se détendre un peu – ou un peu de Mass Effect 3 en ce moment – et puis… Reprise un peu de boulot pour répondre à deux / trois collègues, faire avancer des projets ou de la doc que j’ai pas pu faire à cause des interruptions constantes au boulot…
Et puis, au bout d’un moment, généralement marqué par la fin d’un épisode de série américaine qui passe en fond à la télé, il est l’heure d’aller mal dormir…

Métro, boulot, dodo. Tout ce que nous ne voulons pas en être réduit lorsque nous sommes jeunes et cons…

 

 

Les prochaines vancances sont loinnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnn…