Millecrabe de P.J. Hérault

Millecrabe est la dernière oeuvre en date de P.J. Hérault, une trilogie se situant sur une Terre où Napoléon a unifié l’Europe de la Bretagne à Vladivostock. Donc une uchronie.
Voici le speech disponible sur le site de l’éditeur :
L’europe en l’an 1945, dans cette uchronie, est conquise et unifiée parNapoléon, et va de la Bretagne à Vladivostock. Or la Chine, dirigée pardes racistes nationalistes, a décidé de l’envahir. Cette fresque estl’histoire d’une guerre titanesque – à la façon seconde guerre mondiale- où combattent les idées humanistes et celles qui prônent la loi duplus fort.
Batailles aériennes, terrestres, histoires decombattants, du président jusqu’à l’homme de troupe, histoire d’unefamille, tout ceci est Millecrabe.

Avant que je ne parle de ce livre en particulier, je dois parler de ce que je pense du reste de l’oeuvre de cet auteur. Pour moi, il s’agit d’un des auteurs majeurs de la SF française. Le Loupiot, Danger : Mémoire, La Fresque, Cal de Ter, La Treizième Génération, Le Dernier Pilote, Le Raid Infernal, Gurvan sont des livres que j’ai lu et relu des dizaines de fois. C’est le genre d’auteur qui produit de la SF que j’aime. Une SF basée sur des personnages intéressants, des personnages humains. – Et non pas des espèces de résultats d’un croisement entre une IA et une photocopie du cerveau d’un être humain, personnages auquels on ne peut accrocher car tellement éloignés de ce que nous sommes. – De même, ces histoires se passent toujours dans un univers cohérent et bien construit. La preuve en est avec La Grande Migration, livre qui fait le lien entre de nombreux ouvrages de l’auteur et qui approfondit et enrichit encore plus l’univers de Gurvan.

Mais revenons-en à Millecrabe.
Imaginez une Terre où l’Europe est unie de Gibraltar à Vladivostock, et ce, depuis Napoléon. Un Napoléon qui, d’ailleurs, n’a pas réalisé cette unification par les armes, mais par la diplomatie. Imaginez une Europe dont la capitale est Kiev, abritant le Président de la Fédération de l’Europe et son Sénat et dont la  langue universelle est le Français. Imaginez une Terre où le Québec est libre. – Yes ! Vive le Québec libre ! – Imaginez une Terre où le Brésil et l’Argentine sont des pays développés. Imaginez aussi la Chine dirigée par un Hitler aux yeux bridés.
Tel est le monde de Millecrabe. Un monde extrêmement cohérent, dont on apprend au fur et à mesure les rouages, les problèmes, l’histoire tellement divergente et convergente avec la notre.
Millecrabe, c’est aussi l’histoire d’une famille, au sens large du terme, dont les membres sont éparpillés à travers l’Europe mais qui restent en contact et passent tous leurs vacances sur l’île de Millecrabe.
Millecrabe, c’est aussi une guerre, stupide comme toutes les guerres, un conflit déclenché pour une question de pureté raciale.

Les personnages de cet histoire sont attachants, intelligents, droits. On y retrouve les caractéritiques communes à tous les personnages de P.J. Hérault.
On y retrouve aussi l’amour de l’auteur pour le vol. Sans que cela ne soit lourd ou ennuyeux pour le néophyte ou pour celui qui ne s’y intéresse pas. Et c’est là la marque des grands. Savoir parler d’un sujet sans le rendre ennuyeux.

Cet ouvrage n’est pas sans défaut. Certaines scènes sont coupées par de longues descriptions qui renforcent l’Univers de Millecrabe. La première partie met en avant des personnages que l’on ne retrouve pas immédiatement dans la deuxième partie et qui, si ils sont présents dans les tomes suivants, risquent d’avoir été oubliés.
Il y a des petites incohérences.
Il y a des coquilles.
On sent que le travail de l’éditeur a été plus que léger sur cet ouvrage.

Mais néanmoins, c’est un livre qui plaîra à tous les fans de P.J. Hérault. C’est aussi un livre qui plaîra aux amateurs d’uchronies.

Ce que je ne comprends par contre, c’est pourquoi aujourd’hui P.J. Hérault doit publier ces livres chez de petits éditeurs. Bon, autant je comprends pour Rivière Blanche, qui a repris la suite de la défunte collection Anticipation du Fleuve Noir – Et pour cela, jamais je ne pourrais les remercier suffisamment -, autant chez Interkeltia – je suis même pas capable d’écrire ce nom correctement du premier coups – bof…
Pourquoi, alors que P.J. Hérault va avoir l’honneur à partir de 2011 de figurer dans la collection Trésors de la SF de Bragelonne, n’est-il pas publié dans la collection SF d’un "grand" éditeur établi ? Pourquoi ? Alors que tous reconnaissent qu’il est un pilier majeur de la SF populaire française ?
Peut être parce que les directeurs de collection SF actuels méprisent cette SF populaire – vous savez, cette SF qui risque de vendre vu que justement elle est populaire – et préfèrent nous sortir de la Hard-SF anglophone que personne ne comprend, y compris les traducteurs… Le mot populaire semble être une insulte pour ces directeurs de collection qui ne sortent plus que des ouvrages qui n’intéresseront qu’une petite élite.
La SF meurt en France ? C’est normal ! Cela fait des années que l’on creuse sa tombe en mettant au placard tous les auteurs qui peuvent intéresser un large public. Et quand exceptionnellement un tel auteur paraît, et bien, il est brocardé par "les Gardiens de la Vérité sur ce qu’est la Vraie SF", et surtout, il ne trouve pas son vrai public car sortant dans une collection qui n’intéresse plus les masses…

Bref, merci Interkeltia pour cette sortie.
Et personnellement, j’attends vraiment le tome 2 – et le 3 – avec impatience.

 

Millecrabe de P.J. Hérault

ISBN 978-2-35778-014-9
640 pages
18 € pour la version papier. 6 € pour la version électronique.

10 réflexions au sujet de « Millecrabe de P.J. Hérault »

  1. … parce que c’est pas le tout de dire que ça se vendrait, encore faut-il que ça se vende réellement et c’est à mon avis en partie là que le bat blesse.
    Les tirages d’un rivière blanche ou Interkeltia ne sont en rien comparable à ce qui est nécessaire pour être rentable chez un « gros » éditeur, malheureusement.
    Pour le format électronique c’est con que ça soit encore limité au pdf, sinon je lui aurais bien donné une chance. 😉

  2. Il lit tout à fait les pdf, mais faut s’amuser à zoomer sur les pages pour lire ce qui est écrit, c’est d’un pratique…
    Au moins en epub on est pas emmerdé, ça se formate tout seul comme il faut. 🙂

  3. Sans diffuseur et distributeur, Rivière Blanche a vendu énormément de romans de PJ, la fédération de l’amas doit approcher des 900 je crois… alors, oui, PJ est un auteur potentiellement intéressant pour les éditeurs, mais tu as raison là-dessus, personne n’en veut chez les gros.
    Je le dis tout de suite, plutôt que d’éditer (très mal) Brasyl, Bragelonne et sa collection SF auraient peut-être pu se pencher avant sur des auteurs comme PJ… dans le populaire, c’est là que Brage est vraiment bon !

  4. Certes, mais P.J. Hérault c’est le best seller dans ce domaine et je ne suis pas du tout convaincu que le diffuser plus largement augmenterait ses ventes (pourtant nécessaire si on veut que ce soit rentable pour un plus gros éditeur).
    Le public de fleuve noir c’était le public de fleuve noir, je pense que ça reste un marché de niche taillé pour le small press comme Rivière Blanche justement.
    Parce que si c’est pour faire du Hérault à 1300 ex. en grand format et les autres auteurs du même genre à 600 max. c’est pas la peine de les « piquer » aux éditeurs small press.

  5. Pour avoir bossé en librairie généraliste, je suis convaincu que PJ a du potentiel. Je prenais en rayon ses titres et avais d’excellents taux de rotation. Je ne te parle même pas de nouveautés qui partaient mieux qu’un nouveau Baxter, et cela sans le conseiller…
    Moi, je dis que Interkeltia doit se frotter les mains.

  6. Merci à tous de vous intéresser à moi. Les anciens du Fleuve semblent pâtir d’une fâcheuse réputation chez les grands éditeurs. Il est de bon ton de les mépriser chez les Grands. Je voudrais bien être édité chez eux, mais c’est le désert complet. Pas le moindre appel du pied. Hormis Bragelonne et Laurent Genefort. Alors quand on a plaisir à se raconter une histoire, et l’écrire pour le cas où d’autres la trouveraient agréable il n’y a pas d’autres moyens que de s’adresser à des gens qui font encore de l’EDITION. J’ai mis deux ans à écrire les 1600 pages de Millecrabe, mais j’ai passé des nuits fabuleuses avec des personnages qui s’imposaient à moi, comme s’ils venaient de l’extérieur… Je VOYAIS leur problèmes de conscience, je les ai parfois vécus! Leurs souffrances me sont familières. Je préfère la souffrance des hommes à celles des machines.
    PJ Hérault.

  7. Je viens de relire la trilogie de MILLECRABE mais avec le deuxième tome en e-book car indisponible en version papier. C’est du reste le seul e-book que je possède car je préfère un bon bouquin en papier. J’ai toute les livres de Monsieur Herault depuis le début et pour avoir le seul qui me manque ( L’androcomb) c’est impossible =} si il y a pénurie ( éditeurs et boutiques en ligne) : il y a une demande.
    L’édition ne le mérite donc pas

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